Impacts des dynamiques démographiques sur le système de santé dans les contextes de conflit : le cas du Mali de 2000 à 2024
Abstract
Introduction : La croissance démographique rapide constitue un défi majeur pour
les systèmes de santé, particulièrement dans les pays confrontés à des crises
prolongées. Au Mali, la forte croissance de la population, la fécondité encore
élevée et les crises sécuritaires exercent une pression importante sur un système
de santé déjà confronté à des insuffisances en ressources humaines, en
infrastructures et en accessibilité aux soins.
Objectif : notre étude avait pour objectif d’analyser les tendances, les
associations et les corrélations entre les dynamiques démographiques, sanitaires
et sécuritaires au Mali de 2000 à 2024.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude écologique rétrospective à visée
descriptive et analytique, avec une approche quantitative longitudinale fondée sur
l’exploitation de données secondaires couvrant 25 années, de 2000 à 202.
Résultats : Sur la période étudiée, la population totale moyenne était de 17 331
660 habitants, avec un indice synthétique de fécondité moyen de 6,37 enfants
par femme et une espérance de vie moyenne à la naissance de 56,36 ans. Le taux
moyen de mortalité maternelle était de 521,88 décès pour 100 000 naissances
vivantes. La couverture moyenne de la CPN1 était de 81,60 %, celle de la CPN4
de 39,65 %, tandis que la prévalence contraceptive moyenne était de 12,48 %. La
densité moyenne était de 1,08 médecin et de 3,54 infirmiers et sages-femmes pour
10 000 habitants. L’incidence moyenne du paludisme était de 381,95 cas pour 1 000 habitants à risque et celle de la tuberculose de 61,52 cas pour 100 000
habitants. Les événements conflictuels et les décès associés sont restés
relativement faibles jusqu’en 2011, avant une augmentation importante à partir
de 2012. Entre 2017 et 2024, les événements violents sont passés d’environ 400
à plus de 1 500 par an, tandis que les décès sont passés d’environ 1 000 à plus de
4 000, avec un pic proche de 5 000 décès en 2022. La région de Mopti constituait
le principal foyer de violence, avec 3 244 événements et 9 877 décès, soit
respectivement 36,1 % et 38,8 % des événements et décès recensés. Les analyses
ont montré une très forte corrélation positive entre les événements de conflit et
les décès qui leur sont attribués (ρ = 0,97 ; p < 0,001). L’indice synthétique de
fécondité était significativement associé à l’espérance de vie : une augmentation
d’un enfant par femme était associée à une diminution moyenne de 1,7 année
d’espérance de vie (β = -1,7 ; p = 0,005). L’incidence de la tuberculose était
également négativement associée à l’espérance de vie (β = -0,28 ; p < 0,001).
Conclusion : Le Mali a connu une croissance démographique rapide au cours de
la période 2000–2024, accompagnée de progrès dans certains indicateurs
sanitaires, mais ces avancées restent insuffisantes face à l’augmentation des
besoins sanitaires et aux effets de la crise sécuritaire.

