Paludisme clinique et état nutritionnel chez les enfants éligibles à la chimio prévention du paludisme saisonnier à Sirakorola.
Résumé
Le paludisme demeure un problème majeur de santé publique au Mali, particulièrement chez
les enfants de moins de cinq ans. La chimio prévention du paludisme saisonnier (CPS),
recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé, constitue une stratégie efficace pour
réduire la morbidité palustre en zone de transmission saisonnière. Cependant, la forte
prévalence de la dénutrition dans ces zones pourrait influencer la susceptibilité des enfants aux
infections palustres. Cette étude visait à évaluer l’association entre l’état nutritionnel et le risque
de paludisme clinique chez les enfants recevant la CPS à Sirakorola.
Il s’agissait d’une étude de cohorte prospective conduite de juin à décembre 2024 dans l’aire
de santé de Sirakorola (district sanitaire de Koulikoro). L’étude a porté sur 431 enfants âgés de
3 à 59 mois éligibles à la CPS. L’état nutritionnel a été évalué selon les indices
anthropométriques standards (poids/âge, taille/âge, poids/taille et périmètre brachial). Le
diagnostic du paludisme reposait sur les tests de diagnostic rapide et la goutte épaisse. Les
données ont été analysées à l’aide d’une régression de Poisson à effets mixtes afin d’estimer
l’association entre nutrition et survenue du paludisme clinique. L’âge moyen des enfants était de 39 ± 16 mois, avec une répartition équilibrée selon le sexe. La
prévalence de l’insuffisance pondérale était de 24,8 %, celle du retard de croissance de 24,4 %
et celle de l’émaciation de 19,4 %. L’anémie concernait 45,7 % des enfants. L’analyse
multivariée a montré que l’insuffisance pondérale (OR = 2,5 ; p = 0,001) et l’émaciation (OR
= 2,7 ; p = 0,001) étaient significativement associées à un risque accru de paludisme clinique,
contrairement au retard de croissance. L’incidence cumulée du paludisme était plus élevée chez
les enfants malnutris malgré une bonne couverture de la CPS.
Conclusion :
La malnutrition, notamment l’insuffisance pondérale et l’émaciation, constitue un facteur de
risque significatif de paludisme clinique chez les enfants sous chimio prévention saisonnière.
Ces résultats soulignent la nécessité d’intégrer des interventions nutritionnelles aux campagnes
de CPS afin d’optimiser l’impact de cette stratégie et de réduire durablement la morbidité
palustre chez les enfants de moins de cinq ans au Mali.
