Infections associées aux soins : Aspects épidémiologiques et profil de la résistance des bactéries dans le service de réanimation de l'Hôpital de Dermatologie de Bamako
Résumé
Introduction : Les infections associées aux soins (IAS) constituent un problème majeur de santé
publique, en particulier en milieu de réanimation, en raison de leur fréquence élevée, de leur morbidité
et mortalité importantes, ainsi que du surcoût qu’elles engendrent pour les systèmes de santé.
Objectif : Étudier les infections bactériennes associées aux soins dans le service de réanimation de
l’Hôpital de Dermatologie de Bamako, en décrivant leur profil épidémiologique et la résistance des
germes isolés.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale à collecte rétrospective et prospective, menée sur
une période de 18 mois, de mars 2024 à septembre 2025, dans le service d’Anesthésie-Réanimation de
l’Hôpital de Dermatologie de Bamako. Ont été inclus tous les patients hospitalisés pendant au moins 72
heures, présentant une infection confirmée par un examen bactériologique, associée ou non à un
syndrome de réponse inflammatoire systémique (SRIS) et/ou à au moins deux critères du score qSOFA.
Les données ont été saisies sur Excel puis analysées à l’aide du logiciel SPSS version 22.0. Les variables
quantitatives ont été exprimées en moyenne ± écart-type et les variables qualitatives en effectifs et
pourcentages.
Résultats : Un total de 200 patients a été inclus. L’année 2025 était la plus représentée (53,5 %). Les
femmes prédominaient (53,5 %), avec un sex-ratio de 0,87. L’âge moyen était de 36,9 ± 23,4 ans, avec
une prédominance des patients âgés de moins de 31 ans (45,0 %). Les patients non scolarisés
représentaient 52,5 % et les non-fonctionnaires 90,0 %. La majorité provenait des structures de santé
(76,0 %). Les principales indications d’hospitalisation étaient les brûlures (38,6 %) et le choc septique
(10,5 %). Tous les patients avaient un abord veineux périphérique et 91 % un sondage urinaire. Une
antibiothérapie préalable à l’admission était retrouvée chez 46,5 % des patients.
Les germes les plus fréquemment isolés étaient Klebsiella pneumoniae (31,5 %), suivie d’Escherichia
coli. Les profils de résistance montraient des taux très élevés pour la majorité des antibiotiques testés,
traduisant une forte circulation de bactéries multirésistantes. Une meilleure sensibilité était observée
principalement avec l’imipénème et l’amikacine, selon les espèces bactériennes. Le taux global de
létalité était de 41,0 %. Une association statistiquement significative a été retrouvée entre la tranche
d’âge et le diagnostic avec la survenue du décès (p < 0,001), contrairement au sexe et à la durée
d’hospitalisation.
Conclusion : Cette étude met en évidence une fréquence élevée des infections associées aux soins en
réanimation à l’Hôpital de Dermatologie de Bamako, dans un contexte de forte vulnérabilité clinique.
Elle souligne la prédominance de bactéries multirésistantes et la nécessité de renforcer les mesures de
prévention des IAS, la surveillance microbiologique et la rationalisation de l’antibiothérapie afin de
réduire la mortalité liée à ces infections.

